« L’Église a sa place dans la société »

Ouverture des magasins le dimanche, réforme du divorce, venue du pape en France… Mgr Carré évoque l’actualité nationale et diocésaine des mois à venir. Entretien. 

Les évêques ont mis en place un groupe de travail sur la bioéthique; la révision des lois françaises sur ce thème étant prévue pour 2009. Quelles devraient être les réserves ou les propositions de l’Église catholique sur ce sujet ? 
Cette question nous préoccupe effectivement. Déjà, il y a quelques mois, le Cardinal Ricard avait demandé à la commission (doctrinale, ndlr) que je préside d’organiser une session de formation des évêques sur ce point. Elle aura lieu à Rennes en février, et sera découpée en quatre demi-journées, chacune avec un thème expliqué par deux intervenants: un « grand nom » et un spécialiste local. C’est Axel Kahn qui abordera la question scientifique. 
L’aspect juridique sera présenté par un conseiller d’État et un avocat breton. La partie théologique et morale sera détaillée par un jésuite belge, le père Alain Mattheeuws, et par un médecin catholique. Deux évêques interviendront enfin: le Cardinal Vingt-Trois, qui est moraliste, et l’archevêque de Rennes, président du groupe de travail « Bioéthique ». Les réserves et les propositions seront faites par ce groupe de travail, à la lumière de la formation qui nous aidera à bien saisir tous les enjeux et à pouvoir en discuter localement si besoin. 

Le gouvernement souhaite élargir la législation sur l’ouverture des magasins le dimanche. L’Église ressent-elle cette réforme comme une attaque envers le repos dominical ?
 Jusqu’à présent, il n’y a pas eu d’immense déclaration choc de l’Église parce que sa position est connue sur ce sujet. Ce que mettent en avant les « pour », c’est une forte demande des consommateurs; et ce que mettent en évidence les « contre », c’est les salariés qui ne seront pas gagnants et la vie familiale qui sera menacée. Il y a une logique de l’argent qui nous menace. Si on y cède, je ne crois pas que la société y soit vraiment gagnante en fin de compte. Il existe d’autres activités de loisirs, de détente, culturelles et cultuelles le dimanche que d’aller se promener dans des grandes surfaces. 
J’ai cependant peur qu’il y ait un tel poids des finances que ça emporte tout. Au début du 20e siècle, on s’est battu pour le bien de la personne humaine et de la famille, je ne voudrais pas qu’au nom d’autres principes, on perde l’acquis de ces principes-là. 

Le gouvernement travaille sur une simplification de la procédure du divorce. N’assistons-nous pas à une banalisation de celui-ci comme simple acte juridique constaté par le notaire? Quel risque présente cette réforme pour la société ?
 Ceux qui promeuvent cette réforme ne voient qu’un aspect des choses: simplifier les procédures pour alléger la charge des tribunaux et faciliter la vie des couples qui se déchirent. Ces deux raisons méritent d’être regardées, mais suffisent-elles par rapport au risque qu’elles font encourir ? Le mariage n’est pas simplement un geste formel qui tend à être de plus en plus privé. C’est la dimension sociale du mariage qu’il nous faut retrouver. 
Beaucoup de choses sont regardées sous l’angle de la sphère privée, mais la société n’est pas simplement une addition de situations privées. La société n’est-elle là que pour les biens ou les intérêts que je peux en tirer, ou pour le bien commun? Encore une fois, ce sont les petits et les pauvres qui vont être perdants. Devant les motifs avancés par cette réforme, j’ai peur qu’à vouloir régler certaines questions, on n’en crée d’autres. 

Les évêques en savent-ils plus sur la venue du Pape en France, peut-être à l’automne 2008 ?
Non, on attend. Nous savons seulement que le Saint-Père a accepté l’invitation envoyée par Mgr Perrier, évêque de Lourdes. J’ai déjeuné avec celui-ci le 8 décembre dernier. Il espérait que Benoît XVI vienne le 31 mai, mais c’est le pape qui décide. Il n’a pas une santé de fer, et les voyages qu’il a entrepris ne sont pas comparables à ceux de Jean-Paul II au début de son pontificat. Je ne pense donc pas que Benoît XVI s’amuse à courir la France en trois jours. 

En visite officielle au Vatican, Nicolas Sarkozy a affirmé sa volonté de voir naître une laïcité positive. Comment avez-vous accueilli ce discours ?
 Ce discours rejoint le livre qu’il avait écrit en 2005 « La République, les religions, l’espérance », dont j’ai lu les bonnes feuilles. Dans beaucoup d’esprits, la laïcité signifie que les sentiments religieux sont du domaine privé. Pourquoi aurait-on le droit d’exprimer ses opinions politiques, artistiques… et pas ses opinions religieuses ? Cette conception de la laïcité existe encore malheureusement. 
Pourtant, si on se réfère au premier article de la loi de 1905, celui-ci stipule que la République assure la liberté de conscience. L’Église a sa place dans la société, sans pour autant qu’elle impose ce qui lui paraît décisif. Il est normal, et Nicolas Sarkozy l’a dit lors d’une interview, que l’Église, comme tout groupe, puisse dire clairement, et sans être accusée de tous les maux de la Terre, ce qu’elle pense. 

Vous avez souhaité mettre en place, en 2006, une pastorale des jeunes sur le diocèse. Les JMJ de Sydney, en juillet prochain, marquent la fin de la mission qui lui a été confiée. Pensez-vous prolonger son action ?
Une pastorale auprès des jeunes n’est jamais finie. Il y aura toujours à poursuivre la mission auprès des jeunes, mais peut-être de manière moins intense. C’est encore tôt pour en dire plus. Dans les prochains mois, des dispositions vont être réfléchies et prises. 

Benoît XVI vient de signer le décret lançant le processus de béatification d’Emilie de Villeneuve. Où, quand et comment se déroulera cette béatification ?
J’ai vu la supérieure générale des Sœurs de l’Immaculée Conception, dites Sœurs Bleues de Castres, qui était venue me voir quelques jours avant que le décret du Pape soit signé, et nous avons envisagé l’année 2009. Notamment parce qu’il y a un cardinal de Rome qui vient et qu’il faut donc regarder avec lui le moment qui lui convient, mais également car il y a un changement de supérieure générale de l’ordre en 2008. 
Surtout, il faut une préparation spirituelle pour faire découvrir qui est Émilie de Villeneuve, sa vie, sa spiritualité, pourquoi est-elle bienheureuse. C’est donc l’affaire de 18 mois. Pour le lieu, ce sera à Castres, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aura rien ailleurs. On pense qu’aucune église de Castres n’est assez grande, il faudra sûrement un lieu en plein air. Tout ça reste à définir, le chantier est ouvert !

• 3 janvier 2008 •

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